lundi 16 janvier 2017

La flamme dans les yeux reviendra : ce n'est qu'une question de patience…




Une pensée amicale pour tous les anciens lecteurs du blog et pour tous les clients de la librairie qui m'ont amené tant de joies par le passé. Ce petit message vous est adressé aujourd'hui pour vous dire que je continue à me battre pour retrouver un équilibre malmené par cette foutue tumeur cérébrale (appelons un chat, un chat) qui me ronge et par tous les moyens mis à disposition par la science pour la juguler. Une de mes plus grande tristesse  - il y en a d'autres malheureusement - est de ne plus pouvoir profiter des livres qui me restent, ni physiquement  en raison de ma maladresse, ni mentalement car j'ai perdu, pour l'heure, la flamme qui brûle dans le cœur des amoureux des livres. 

Il est difficile d'expliquer les raisons qui font que l'on perd cette passion qui nous a animé toute notre vie. Je comprends mieux maintenant, pourquoi, parfois brutalement, la lumière ne brillait plus au fond des yeux de mes anciens clients. Ce n'est pas pour rien que l'on appelait autrefois ces affections cérébrales, des "attaques" ! Aujourd'hui, on est plus précis sur l'étiologie de ces maladies (vasculaires, tumorales, dégénératives, etc) mais le résultat est le même. Il y a des attaques - petites ou grandes, fulgurantes ou larvées - où l'on sort vaincu du combat, où le renoncement s'installe. 

Ce détachement, j'ai essayé de l'acquérir volontairement au début de ma maladie par la lecture d'ouvrages très "tendances" écrits par des philosophes, des psychiatres et d'adeptes de la méditation qui m'ont aidé à surmonter les premières évidences auxquels j'ai dû faire face. Il m'a fallu fermer ma boutique en sachant que la porte serait probablement et définitivement close. J'ai mis mes livres dans des caisses, j'en ai ramené sur mes étagères, j'en ai donné, j'en ai jeté… j'ai pensé que cette première phase n'était qu'une parenthèse dans le cours de ma vie et que la passion pouvait encore renaître comme l'étincelle briller de nouveau dans mes yeux. 

Quand ma main gauche s'est minéralisée au bout de mon bras pendant, quand mes muscles se sont crispés, quand la souffrance s'est immiscée dans ma vie quotidienne, quand une paresse intellectuelle s'est progressivement installée dans mon pauvre cerveau  bouleversé, alors… alors, je n'ai plus eu à faire d'efforts pour me détacher de mes livres… c'est donc sans remord - et non pas sans regret - que j'ai confié ceux auxquels je tenais le plus à des confrères expérimentés. J'avais trop écrit que je n'étais qu'un passeur de livres pour les rendre orphelins ou pis encore de les abandonner à un mauvais sort.

Aujourd'hui, je termine une série de chimiothérapies qui ont pompé toute mon énergie et m'ont rendu encore plus vulnérable. Alors que j'ai rapidement intégré le constat de ma perte d'autonomie, j'ai encore du mal à admettre mon infirmité. On ne fait pas facilement le deuil de sa bonne santé ! Pour survivre, Je me suis raccroché à ce que j'ai pu. J'ai souvent coulé. Parfois, quand je croyais toucher le fond, il s'esquivait sous mes pieds. Mais je suis encore là…

Demain, j'espère,  je reprendrai espoir, j'arriverai à chasser de mon esprit les tristes pensées qui me minent  et je retrouverai l'apaisement : je ne serai plus prisonnier de la maladie. La meilleure façon de ne plus y être n'est-elle pas de le faire de son vivant ? Je vous souhaite mes meilleurs vœux pour cette année 2017 qui commence et sur laquelle je fonde beaucoup d'espoir pour guérir. La flamme dans les yeux reviendra : ce n'est qu'une question de patience. Très amicalement. Pierre Brillard

lundi 31 octobre 2016

Et si, maintenant, ma librairie devenait votre librairie ou votre bibliothèque ?



Ce petit billet pour rassurer de ma présence des amis qui s'inquiètent de mon silence. Certains pensent, à l'image d'un confrère qui m'a contacté dernièrement que, trop occupé par mon travail à la boutique, j'avais délaissé le blog pour cette dernière raison : c'est mal connaître le plaisir que j'avais à faire partager ma passion avec vous. Et non ! C'est bêtement une "grave et longue maladie", comment on dit souvent, qui m'a forcé à faire une cessation d'activité dans l'urgence. Cela fait maintenant un an que je suis ballotté entre les examens, une intervention neurochirurgicale délabrante et la panoplie des traitements anticancéreux allant de la radiothérapie à la chimiothérapie… et je ne parle même pas des effets secondaires liés à l'affection : hémiplégie plus ou moins complète…  J'ai mis du temps à m'y résigner. Voilà c'est dit ! De plus, les "éraflures" provoquées par la chirurgie cérébrale ont provoqué, progressivement mais inexorablement, une altération de mes fonctions cognitives - un joli mot pour un vilain état - il faut l'admettre. 

C'est pourquoi, et vous vous en doutez bien, je me fais aujourd'hui du souci pour l'avenir des ouvrages qui composent encore ma bibliothèque. J'ai (on m'a) rapatrié mon fonds de librairie ; j'ai jeté beaucoup de livres sans grande valeur, j'en ai stocké dans mon garage et ma librairie de jardin, et j'ai gardé les plus précieux dans mon bureau. Ayant perdu toute autonomie, il m'est impossible aujourd'hui d'aller les présenter hors mes murs ou de programmer des démarches commerciales auprès de professionnels. En fait, je ne sais plus que faire car je suis poussé par la pression de mes proches qui me demandent de vendre ces ouvrages alors que cette activité nécessite, contrairement à l'idée commune, d'être en pleine possession de ses moyens physiques et intellectuels pour le faire.

J'ai besoin de votre soutien, de vos idées ou tout simplement de vos encouragements dans ce nouveau défi que je dois affronter.

Vous connaissez peut-être dans votre entourage une personne susceptible de prendre en charge tout ou partie de cette belle bibliothèque. Un confrère, une personne désirant le devenir, un particulier, une association … Je n'étais qu'un passeur de livres, je voudrais le rester. La grande majorité des ouvrages possède sa propre fiche et son évaluation : c'est un avantage indéniable pour qui désirerait se lancer dans le commerce du livre ancien. 

Tous les ouvrages pour bouquiniste ont été entreposés dans des caisses en plastique étanches et sont stockés dans le garage. Celui qui a une camionnette, des cartons à bananes et qui désire les récupérer, je veux bien lui donner ! Il y a peut-être une trentaine de caisses. Il suffit qu'il n'habite pas trop loin de Tarascon ; il pourra alors programmer éventuellement plusieurs voyages. 

Je lui montrerai, à cette occasion, les livres qui sont dans ma librairie de jardin. Beaucoup de beaux et gros ouvrages, souvent contemporains, de nombreux cartonnages, des romantiques, des livres de voyages, un peu d'ésotérisme, de l'histoire, etc, et un gros fond régionaliste du sud de la France. Il pourrait alors me faire une proposition honnête. Je ne suis pas dans une position à être très exigeant, vous le comprenez !

Il restera à donner une nouvelle vie aux ouvrages qui sont dans ma bibliothèque de bureau. Cette bibliothèque, à elle seule, peut valoir le déplacement pour un amateur éclairé. Je ne saurais comment la décrire car il n'y a de cohérence à lui trouver que dans la qualité des ouvrages : pas de thème particulier mais des ouvrages en bel état. Il suffit d'aller sur le blog, de feuilleter les catalogues, de lire quelques articles pour le constater. Ce n'est pas une grande bibliothèque, c'est une bonne bibliothèque. Certains ouvrages ont remplis mon cœur de joie et de fierté quand je les ai acquis. Je vous souhaite le même plaisir à acquérir cette bibliothèque que celui que j'ai eu à la constituer. 

Bien évidemment, je comprendrais que vous puissiez avoir quelques scrupules à venir commercer avec moi, maintenant, c'est pourquoi j'ai mis beaucoup de temps pour écrire ce petit billet et encore plus pour le poster ! Un moment de honte est si vite passé... En fait, c'est moi qui vous demande ce service ! Je suis plus malheureux de voir ces livres abandonnés aujourd'hui sur leurs étagères ou dans des caisses que je ne serai jamais à les abandonner de mon plein gré - avec l'espoir qu'ils revivent.

Vous pouvez partager ce petit billet avec l'espoir qu'il tombe entre de bonnes mains. Je mettrai un point d'honneur à répondre aux éventuels courriers. Je vous tiendrai au courant des résultats de cette demande très particulière. N'y voyez pas d'impudeur mal placée même si je ne peux cacher l'émotion j'ai eu à l'écrire. Très amicalement. Pierre

mercredi 8 juin 2016

Causerie de Philippe Gandillet : Mon Dieu, que la Bretagne est belle…



 
Je reçois aujourd’hui un télégramme de Pierre qui est en Bretagne pour quelques jours de convalescence : --- Visite Saint-Malo aujourd’hui. Chateaubriand me regarde. Merci de donner nouvelles rassurantes lecteurs du blog. Votre obligé libraire ---

De la même façon qu’il était traditionnel, par le passé, d’envoyer à la montagne les enfants atteints de primo-infection pulmonaire pour qu’ils retrouvent une bonne santé, je savais que l’on avait conseillé à Pierre de profiter d’une fenêtre thérapeutique pour respirer l’air iodé des Côtes-d’Armor et de l’Ille-et-Vilaine réunis… Son rétablissement était à ce prix ! Ce pneu arrive à point nommé pour nous rassurer sur son état. On pourrait, bien évidemment, reprocher à notre libraire le style succinct des nouvelles qu’il nous donne mais il est bien connu que la concision, même poussée à l’extrême, n’empêche pas l’expression des sentiments affectueux qu’il a pour les lecteurs de son blog. Personnellement, je reproche au télégramme, outre son prix, l’approximation des résultats orthographiques et syntaxiques de ce courrier qui dépend, pour partie, de l’opératrice qui enverra votre message... mais il faut vivre avec son temps ! Plus personne n’écrit aujourd’hui, savez-vous ? Je ne sais ce que nous promet l’avenir mais il n’y a pas de raison pour que le télégraphe soit remplacé par un système moins performant pour ce qui est du respect de la langue française par ses utilisateurs…

Donc, Pierre est en Bretagne et il est passé se recueillir sur la tombe de son écrivain préféré à l’occasion d’une de ses promenades. S'il a la télévision dans son centre de convalescence - une propriété familiale où il est soigné aux petits oignons par sa grande sœur infirmière -, il apprendra, qu’une fois encore, la Bretagne a été élue par les adeptes du petit écran quand il a fallu choisir un des plus beaux villages de notre douce France. Hier, la côte d’Armor avec Ploumanach et son granit rose, aujourd’hui les vallées verdoyantes de Rochefort en Terre près de Redon avec ses jardinières débordant de géraniums multicolores. Oui, la Bretagne est belle mais elle peut être parfois humide... La luxuriance de sa végétation est à ce prix !

Si vous passez par Saint-Malo, je vous conseille, moi aussi, quelques coins pittoresques et quelques promenades charmantes à faire aux alentours. Savez-vous que sur l’île de Batz, on y récolte les meilleures pommes de terre primeur de la région ? Qu’un jardin exotique y est entretenu pour le plaisir de nos yeux et qu’un bateau peut vous amener dans la baie de Morlaix pour y rencontrer une petite colonie de phoques très cabots ? Plus près de la cité corsaire, vous pourrez avec bonheur, près de Plouër sur Rance, suivre des chemins de randonnée qui vous conduiront jusqu’à la fameuse usine marémotrice bouchant son estuaire pour nous fournir de l'électricité propre… et quand vous serez fatigués, vous pourrez, près de cet endroit, détendre vos muscles engourdis sous des jets chauds d’eau salée le long d’un parcours aquatique destiné à prolonger votre terme (marin).

Je sais que Pierre a couru après le temps toute sa vie. Cette parenthèse sera bénéfique à son rétablissement (avant un nouveau protocole ) même si je sais, qu’au fond de lui, il s’emmerde ! On ne passe pas de la vie active à la retraite sans un apprentissage. Certains s’y sont préparés avec bonheur ; d’autres la subissent brutalement jusqu’à trouver leur équilibre après quelques temps… Il y a dans les livres, dans leur lecture, un peu de cet équilibre. Mais pas que !

Votre dévoué. Philippe Gandillet

dimanche 22 mai 2016

Causerie de Philippe Gandillet : avant la nuit des musées, il y avait le jour des musées…




Les feux de la rampe… quand il y en a une !

J'ai une vague ressemblance physique avec Gérard Philipe. Je ne m'en suis jamais mal porté, surtout lorsqu'il m'a fallu interpréter quelques rôles secondaires dans des pièces de théâtre que j'avais écrites. Il faut dire que faire l'acteur est un exercice qui m'est douloureux et j'ai, plus d'une fois, joué de mon physique avantageux pour masquer les imperfections de mes talents de comédien. Il faut avoir vécu les minutes qui précèdent l'ouverture du rideau, seul sur scène, assis devant la table d'une taverne improvisée à seule fin d'interpréter ce petit monologue qui prépare l'intrigue et précède l'arrivée du jeune premier pour savoir ce qu'est la solitude… Il faut avoir exécuté une entrée magistrale par le fond de scène d'où la voix doit être portée tout en étant naturelle pour connaître le trac ! Mais pourquoi vous parlais-je de çà ?

Ah, oui ! Parce que Pierre a profité de la disponibilité professionnelle de son épouse pour visiter, hier, Avignon et tout particulièrement deux haut-lieux du patrimoine historique, culturel et architectural de la ville où Gérard Philipe s'est forgé une légende. J'ai nommé : Le Palais des Papes et le pont Saint Benezet où l'on y chante des chansons…

Je conseille aux visiteurs de passage dans la cité de se laisser guider par un audiophone ou par les nombreuses fiches plastifiées et numérotées qui jalonnent ces monuments. Neuf papes s'y sont succédé au XIVe siècle. Ils étaient les symboles de la puissance de la chrétienté et du pouvoir spirituel qu'exerçait la papauté à cette époque. Malgré les incendies, les guerres et les révolutions, on ne peut être qu'émerveillés par l'état de conservation de ces bâtiments. Nul doute que la volonté de nos responsables politiques modernes associée à la renommée du festival d'Avignon ne soit à l'origine de cette mise en valeur. On ne monte pas encore les marches de ce festival, on n'est pas encore nominé pour un prix, ici, et c'est tant mieux ! Je rappelle d'ailleurs, à cet égard, que le mot "nominé" est un terme récent. Il a été inventé par Romy Schneider parce qu'elle ne trouvait pas d'équivalent français pour le mot anglais "nomined".

On peut donc dire "nominer" si on veut… mais on ne monte les marches que si on peut ! Je vous précise ceci car Pierre m'a fait justement remarquer la difficulté, dans de pareils monuments et si l'on est faible sur sa jambe gauche comme maladroit avec son bras gauche, de le faire avec aisance... On ne les descend guère mieux, en fait, ces marches ! C'est dans ces moments là qu'il me dit pouvoir juger de sa vraie autonomie. La meilleure canne, me précise-t-il, c'est de savoir que l'on a quelqu'un à côté de soi qui peut vous prêter son bras quand la rampe est absente...

Cette remarque me fit penser à la fin d'un poème aujourd'hui oublié :

Et confus, il cacha la tête dans ses larmes  
Comme nous arrivions en haut de l’escalier…

Votre dévoué. Philippe Gandillet.